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Journal 932 du 15 Mars 2017
Diplômée de Sciences Po Paris en 2016, Solène Le Comte crée la surprise autour d’elle lorsqu’elle annonce son envie de se lancer en boulangerie. Portrait.

En 2016, Solène Le Comte termine son master 2 Affaires publiques à Sciences Po Paris. En parallèle, l’étudiante effectue son stage d’apprentissage au sein d’une entreprise privée. Elle caresse l’envie de devenir directeur d’hôpital. Dans son bureau, Solène lit ses mails et y répond, traite des dossiers prioritaires, enchaîne les réunions. Une vie traditionnelle de cadre, en somme. « J’appréciais les missions qui m’étaient confiées. Mais je m’apercevais en même temps que la vie de bureau et le rythme effréné de Paris ne me correspondaient pas » confie la jeune femme de 23 ans.

Durant plusieurs mois, Solène porte en elle l’envie de faire autre chose, sans vraiment savoir quoi précisément. Le déclic opère en mars 2016. Le CFA de Brest organise des journées portes ouvertes. Solène a de la famille dans la région ; elle décide de s’y rendre. Différents métiers sont présentés aux visiteurs. Un métier retient son attention : celui de boulanger. « Je sentais grandir en moi l’envie de me réaliser à travers une activité manuelle et concrète » explique Solène. Elle décide de s’inscrire en CAP boulangerie à la rentrée de septembre 2016. Ses parents sont surpris. « Ils ont payé mes cinq années d’études en espérant que je gagne bien ma vie, forcément. Mais ils me soutiennent dans ma démarche. J’ai la chance d’être bien entourée ». Son master de Sciences-Po en poche, Solène quitte Paris pour Brest. L’apprentie boulangère souhaite profiter de l’été pour s’exercer au sein d’une boulangerie avant la rentrée scolaire.

Saison d’été derrière les fournils

« Sur une centaine de CV déposés dans les boulangeries alentours, j’ai eu seulement trois réponses positives » affirme Solène. Son âge et niveau de diplôme rebutent les employeurs. À l’exception d’Alain Castel. Le boulanger est à la tête d’une boulangerie éponyme au Conquet, face à la mer. « Pendant deux mois, j’ai appris à faire une pâte, diviser, façonner, cuire. J’ai adoré voir les pains sortir du four, leurs odeurs, le bruit des machines… ». Solène est conquise.

En septembre, elle intègre la filière boulangerie « Parcours atypiques » du CFA de Brest. Dispensée des cours généraux, la jeune femme suit un cursus qui lui permettra d’obtenir son CAP en un an. « Parmi mes camarades de classe, il y a un géographe et un prof de maths ». Si tout se passe bien, Solène espère passer une mention complémentaire l’année prochaine. Et pourquoi pas un brevet professionnel ensuite. « D’ici quelques années, j’aimerais partir travailler à l’étranger, dans une boulangerie française au Canada, en Écosse ou en Australie ».

Pour l’heure, toujours apprentie à la boulangerie Alain Castel au Conquet, Solène prend du plaisir à faire des pains spéciaux. « En revanche, je peine encore à réaliser de beaux feuilletages… C’est une technique qui s’acquiert avec le temps, alors je ne perds pas espoir ! »

Quand on lui demande quelle est la chose qui a le plus changé dans son quotidien depuis sa reconversion, Solène lâche sans hésiter qu’ « ici, quand j’ai terminé ma journée de travail, je n’y pense plus. Je passe à autre chose. Alors qu’avant au bureau, je continuais à penser au travail…même après le travail ». Bon vent, Solène !