Les Nouvelles de la Boulangerie

Elysée. La tradition de la cérémonie de la galette républicaine respectée

En 45 ans, la cérémonie de la galette de l’Épiphanie à l’Élysée est devenue plus qu’une tradition, c’est un rendez-vous incontournable pour toute une profession. Celui de la reconnaissance d’un savoir-faire et d’une culture unique. Mais en cette année 2021, l’événement n’a pu se dérouler dans les mêmes conditions que lors des éditions précédentes, pandémie oblige.

C’est donc une délégation fortement réduite de maîtres boulangers et de lauréats des concours qu’a conduit Dominique Anract, Président de la Confédération Nationale de la Boulangerie-Pâtisserie (CNBPF), jusque dans le petit salon de l’Élysée où se fait traditionnellement le partage de la galette, qui n’a pu être dégustée cette année en raison de la crise sanitaire. Cette galette « républicaine » avait été confectionnée par le boulanger Jean-Yves Boulier du « Moulin de la Croix Nivert » (Paris – 15e) et, comme le veut une autre tradition, ne comportait pas de fève.

« Reconnaissance et gratitude »

Dans son discours, après avoir présenté ses meilleurs vœux au nom de tous les boulangers-pâtissiers, Dominique Anract a tout d’abord remercié le Président de la République Emmanuel Macron d’avoir maintenu ce rendez-vous institué en 1975. « Votre invitation, Monsieur le Président, revêt pour nous, et encore plus cette année, reconnaissance et gratitude. Merci au nom de tous les artisans boulangers-pâtissiers parce qu’à travers votre décision de maintenir cette année, envers et contre tout, cette cérémonie de la galette devenue une tradition républicaine, nous y voyons l’insigne honneur que vous faites à notre profession et la marque renouvelée de l’attention que vous lui avez toujours portée. »

Le Président de la CNBPF est ensuite revenu sur la difficile année que la France vient de traverser et s’est félicité de la politique de soutien de l’État aux entreprises. « Nous vous remercions pour l’aide que vous nous avez apportez depuis tous ces mois de lutte contre la pandémie. Sans ces aides gouvernementales, beaucoup d’entre nous auraient dû baisser le rideau. Hier encore, j’échangeais avec des collègues installés en zone urbaine, leur perte de chiffre d’affaires varie de 50 à 80%. Plus de touristes, plus de restaurants à servir, plus de croissants pour accompagner le café au comptoir, c’est pour certains bien davantage qu’une perte d’activité », a souligné Dominique Anract. Et de rappeler que les boulangers-pâtissiers, malgré la crise, ont maintenu cette tradition séculaire qu’est la formation des jeunes : « Notre opiniâtreté, notre ténacité nous ont permis aussi de tenir et de maintenir, par exemple, le nombre d’apprentis que nous formons dans nos fournils, nos laboratoires et boutiques. En 2020, ce sont 24 000 jeunes boulangers-pâtissiers qui sont sortis d’apprentissage avec pour la quasi-totalité d’entre eux un CDI en poche. »

Dernier thème abordé, le dossier d’inscription des savoir-faire artisanaux et la culture de la baguette de pain au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Lancée il y a maintenant 3 ans à Élysée, cette reconnaissance mondiale est aujourd’hui dans sa phase finale et nécessite plus que jamais un important soutien. Ce que n’a pas manqué de rappeler Dominique Anract : « Pour cette fin de course qui se joue dans quelques semaines, nous avons besoin de votre aide promise, de ce petit coup de pouce, qui sera, nous en sommes persuadés, décisif. »

« Des mois difficiles »

Le Président de la République, accompagné d’Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, et d’Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, chargé des Petites et Moyennes Entreprises, a à son tour présenté ses vœux avec de deux maîtres-mots : « résilience et ambition, parce que ce seront les deux temps sans doute de cette année 2021. »

« L’année 2020 a été très dure pour l’ensemble de vos métiers, très dure, parce qu’il a fallu tenir dans des conditions sanitaires difficiles et continuer de nourrir, d’ouvrir et autres ; très dure parce que pour d’autres, vous avez eu des chiffres d’affaires qui sont tombés, vous avez beaucoup souffert. Et je sais combien tous les métiers que vous représentez continuent de souffrir », a continué Emmanuel Macron avant d’apporter un éclairage sur les mois à venir. « Nous savons très bien que le virus est là. Je ne vais pas vous mentir, il va continuer à beaucoup peser dans les prochaines semaines. Mais il nous faudra ensuite préparer la deuxième phase, celle de la sortie de la crise épidémique. On ne pourra pas enlever tous les dispositifs, parce que vous n’allez pas tout de suite retrouver une activité normale.Il va falloir continuer à accompagner pour ne pas que des trésoreries fragilisées par des mois et des mois de crise, basculent complètement dans le rouge. Et donc là, on va adapter nos instruments dans un dialogue permanent avec vous pour accompagner cette phase qui sera très délicate. En la matière, nous continuerons à l’égard des travailleurs indépendants, des artisans, des commerçants, des professions libérales et aussi des très petites, petites et moyennes entreprises à avoir des dispositifs adaptés et à continuer à nous améliorer. »

En cette période difficile, le Président de la République s’est également félicité des bons chiffres de la formation et de l’apprentissage. « Nous allons continuer d’éduquer, de former et de s’occuper de nos jeunes. Vos métiers sont une chance pour notre pays parce qu’ils sont un levier de transmission et d’éducation. Nous avons mené une réforme en profondeur de notre formation et de notre apprentissage et nous avons tous ensemble réussi. Nous avions 360 000 apprentis en 2019, nous en avons eu 440 000 en 2020. C’est un record ! On doit continuer cet effort pour nos jeunes. »

En cette année 2021, c’est le boulanger Jean-Yves Boulier qui a eu l’honneur de confectionner la galette présidentielle.

Enfin, Emmanuel Macron a assuré de son soutien plein et entier concernant l’inscription des savoir-faire artisanaux et la culture de la baguette de pain au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. « Oui, je défendrai et présenterai la baguette française à l’Unesco parce que j’y crois. Le dossier est en train d’être finalisé mais je ne veux pas vous laisser beaucoup de doute en la matière. La baguette française, nous l’accompagnerons, nous la proposerons avec toutes ses caractéristiques et ses 250 grammes de perfection et de magie », a assuré le Président de la République avant de conclure : « Les premiers mois de l’année 2021 seront difficiles, nous le savons et nous continuerons d’être là. »

La délégations des maitres boulangers était accompagnée par deux jeunes apprentis : Manon Pennaneach (à droite) et Luigi Trigatti (à gauche).