Les Nouvelles de la Boulangerie

« L’alimentation reste une histoire de plaisir »

Karin Perrot, Directrice Conseil, Market Intelligence

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre mission ?

Mon rôle consiste à aider les entreprises à identifier et à exploiter des sources d’opportunités de croissance durable en mettant les consommateurs au cœur de leurs stratégies. La dernière édition de notre étude Food360, qui fait le point sur les comportements et attentes des consommateurs en tendance sur les 8 dernières années et étudie leur perception des innovations et des acteurs du secteur alimentaire, est une mine d’enseignements et d’inspiration.

Comment les Français jugent-ils globalement leur alimentation ?

L’alimentation reste une histoire de plaisir, mais les Français sont aussi conscients que ce qu’ils mangent a une influence directe sur leur santé. 6/10 déclarent aussi que « s’alimenter est un acte civique, il s’agit de choisir le monde dans lequel nous souhaitons vivre ». Au total, ce sont 3/4 d’entre eux qui nous disent avoir changé leurs habitudes alimentaires dans les 2 dernières années, pour des raisons de santé, d’éthique ou liées à l’environnement.

Quelles sont leurs principales attentes ?

Si la sécurité alimentaire progresse globalement, les consommateurs estiment qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, notamment en matière d’environnement et d’éthique. L’attente de transparence concernant les produits alimentaires est unanime. Elle est très forte en ce qui concerne les ingrédients et leur origine, principaux éléments de l’assurance qualité. Plus généralement, les Français sont en attente de produits alimentaires qui soient bons pour leur santé, naturels, simples. On assiste à une hausse continue des produits bio, seulement freinée par leurs prix. Enfin, les Français sont de plus en plus locavores.

La crise sanitaire a-t-elle été un catalyseur de ces tendances ?

En premier lieu, le local constitue de plus en plus un gage de réassurance. La crise de la Covid-19 a mis l’accent sur certaines aberrations des chaines d’approvisionnement et de la dépendance sur des produits essentiels, en particulier issus de l’agriculture. À cela s’ajoute une sensibilité plus forte à protéger son économie. Ensuite, on assiste à de nouveaux arbitrages « slow life » vs. « fast life ». Le premier confinement a été l’occasion de cuisiner davantage, d’initier ou développer des potagers. Un phénomène de réappropriation de ce que les consommateurs mettent dans leurs assiettes. Les français sont aussi devenus plus sensibles aux thématiques du développement durable. Ils ont vu concrètement l’impact positif du ralentissement économique sur l’environnement et l’importance des différents acteurs de la filière food. Il en résulte une conscience renforcée pour une alimentation plus durable et plus respectueuse de l’environnement, du bien-être animal et des individus.

Enfin, en raison des nouvelles pratiques de télétravail, de l’anxiété persistante face à la pandémie, et d’un retour à la normale qui parait lointain, la consommation hors domicile est impactée à moyen terme, ce qui profite à la consommation à la maison, au faire soi-même, avec des produits sains, de qualité et qui facilitent la vie des gens.

Peut-on parler d’une réappropriation de l’alimentation par les consommateurs ?

Tout à fait, les consommateurs sont maintenant matures et exigeants, et de plus en plus acteurs de leurs choix alimentaires. 1/3 d’entre eux vont d’ailleurs même jusqu’à boycotter des produits, des marques ou des restaurants qui ne correspondent pas à leurs convictions. Dans sa démarche de changement, le consommateur s’informe sur son alimentation : grâce aux mentions sur le pack, mais aussi grâce au bouche-à-oreille et au contact avec les producteurs, agriculteurs et éleveurs. Outre la composition, le lieu de production et les labels de qualité sont les informations les plus recherchées par les Français pour s’assurer de la qualité d’un produit.