Les Nouvelles de la Boulangerie

« Le fait maison, c’est notre identité, notre signature ! »

Dominique Anract, Président de la Confédération Nationale de la Boulangerie-Pâtisserie Française

Pourquoi avoir décidé d’élaborer la Charte Qualité et sa marque-label « Boulanger de France » et quelle en est la philosophie ?

Ces dernières années ont vu apparaître et se développer une concurrence de plus en plus importante et agressive de la part de l’industrie et des chaînes de distribution. De ce fait, les consommateurs ont de plus en plus de mal à s’y retrouver. Cette charte, c’est l’opportunité et la possibilité de se démarquer et de rappeler qui sont les vrais et uniques artisans, garants de savoir-faire synonymes de qualité. Nous aurions pu passer par la voie réglementaire et demander une loi. Nous avons opté pour une charte car une loi aurait été longue à obtenir et n’aurait pas forcément été satisfaisante pour les artisans. Il vaut mieux une démarche volontaire qu’imposée.

Le « fait maison », c’est votre credo et le symbole du savoir-faire artisanal. Pourquoi avoir pris à bras le corps cette problématique ?

Le fait maison, c’est notre identité, notre signature. C’est aussi la solution pour assurer la survie de notre métier et de nos savoir-faire. Dans ce contexte de forte concurrence et face à des boulangers qui peuvent se laisser tenter par « le chant des sirènes » de l’industrie, la fabrication maison, c’est la meilleure arme pour se démarquer et se défendre. Je n’hésite pas à le dire, l’industrie est un cancer pour notre métier. C’est une bataille compliquée, c’est pourquoi il faut fabriquer ou refabriquer.

La mise en place de la Charte sera marquée par une importante campagne de communication, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Ce sera une grande première. Il s’agit d’une campagne de communication à la mesure de ce que peuvent proposer les grandes entreprises. Nous allons taper fort pour défendre nos savoir-faire et prouver que nous maîtrisons le faire savoir. Concrètement, à partir de fin mars, quatre semaines de publicité toucheront des millions de personnes. Cette campagne d’envergure nationale sera relayée à la télévision sur France 2 lors de l’émission Télématin qui touche chaque jour un million de téléspectateurs. Nous serons présents sur les ondes avec des spots diffusés sur RTL, soit 6,5 millions d’auditeurs par jour. Nous aurons une visibilité sur le Replay My TF1qui compte plus de 12 millions de visiteurs par mois. Enfin, la promotion de la marque « Boulanger de France » sera également déclinée sur nos réseaux sociaux, Facebook, Twitter et à travers des relations presse ciblées. Notre but est d’être vus et entendus et nous le serons !

Cette charte s’accompagne d’une nouvelle marque dédiée appelée « Boulanger de France » alors qu’existe déjà « Boulanger, c’est un métier ». Ne craignez-vous pas de « perdre » les consommateurs avec cette double signalétique ?

Non, ces deux enseignes se complètent. Cette Charte a pour vocation de valoriser la qualité de l’artisanat. L’enseigne « Boulanger c’est un métier » perdurera car elle permet de nous identifier. Avec « Boulanger de France », il s’agit plus d’un label qualitatif. Les deux ne sont pas antinomiques, la preuve, on retrouve le B de Boulanger sur les deux visuels. J’y vois plus une simple continuité avec la possibilité de mieux se démarquer et, encore une fois je le répète, de valoriser la qualité.

Au cours des Rencontre régionales, certains boulangers se sont étonnés que ce soit à eux – les artisans – de justifier de la qualité de leurs produits. Que leur répondez-vous ?

Il ne s’agit pas de se justifier, mais de remettre l’église au milieu du village, c’est-à-dire de rappeler qui sont les garants des savoir-faire ancestraux de la boulangerie. À une époque où les consommateurs sont à la recherche de qualité et de produits sains, il est essentiel de communiquer sur notre cœur de métier. C’est une véritable opportunité à saisir pour la profession. C’est tout l’esprit de la marque-label « Boulanger de France ».

À travers cette Charte, ne s’agit-il pas aussi de recruter de nouveaux adhérents à la CNBPF afin d’être toujours plus unis et donc plus forts ? Cependant, n’y-a-t-il pas un risque de « division » entre ceux qui en seront et les autres ?

Le but n’est pas de diviser, mais de donner la chance aux artisans d’avoir plus de reconnaissance. Il s’agit, au contraire, de rassembler la grande famille de la boulangerie artisanale derrière un même étendard. On apporte une vraie solution pour se démarquer des industriels. La Charte est ouverte à tous et n’a rien d’élitiste. L’avenir passe par la qualité. Nous devons être les meilleurs et les consommateurs suivront. « Boulanger de France », c’est l’assurance de la qualité et d’une boulangerie vertueuse promise à un bel avenir.